Enfants et internet : conseils aux parents

L’enfant, il a envie d’avoir accès à Internet, comme les autres jeunes de son âge. Qu’est-ce qu’on peut dire aux parents ?

Violaine Chabardes, adjudante-Chef, commandant la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) de Lyon, Gendarmerie nationale :

Qu’il faut communiquer avec son enfant. Je pense qu’on ne fait pas assez de prévention avec ses enfants. On en fait à propos des inconnus, on leur dit toujours : « Méfie-toi de l’inconnu, méfie-toi de quelqu’un qui peut t’agresser dans la rue », mais ce n’est pas toujours le cas, et c’est rarement le cas. Malheureusement, le plus souvent, les enfants sont victimes de quelqu’un qu’ils connaissent, de leur entourage ou sur les réseaux sociaux, de quelqu’un avec qui ils ne sont pas en contact physique.

C’est-à-dire qu’il faudrait que l’ordinateur soit dans le salon, à côté des parents ?

Oui alors, c’est difficile aujourd’hui, parce qu’il y a les tablettes, les smartphones, donc physiquement, l’ordinateur n’est pas toujours un lieu de passage des adultes. On a des enfants tout petits, où là encore on peut avoir un œil, un regard sur ce qu’ils font sur Internet, mettre en place des outils pratiques pour pouvoir être le plus sécurisant possible. Quand il s’agit d’adolescents, c’est beaucoup plus compliqué.

Ils ont droit à leur intimité, les adolescents…

Oui, bien sûr, tout à fait.

Le parent ne peut pas regarder tout ce que l’adolescent écrit.

Non, et puis je pense que ce n’est pas la bonne méthode, de tout vérifier. Il faut plutôt leur parler, aux enfants et aux adolescents. Leur dire : « Si un jour tu es confronté à quelque chose qui te met mal à l’aise ou qui te choque, il faut que tu en parles », et leur dire : « Si je ne suis pas la bonne personne à qui tu peux te confier, il faut que tu trouves un autre interlocuteur ». Parce que les parents ne sont pas toujours les mieux placés pour recevoir ce type de confidence. Et puis leur dire aussi qu’ils s’intéressent à ce qu’ils font sur Internet, que c’est intéressant ce que font leur adolescent sur Internet, et peut-être leur poser la question de savoir ce qu’ils ont fait sur Internet, comme on peut leur poser la question de savoir ce qu’ils ont fait de leur journée à l’école. C’est important, et il n’y a que comme ça qu’on va pouvoir au moins les mettre en garde, ou mettre le plus de prudence possible sur ce qu’ils font sur Internet ou comment ils peuvent être sollicités sur Internet. Ce n’est pas toujours évident avec des ados ! Ils sont trop en confiance sur les réseaux sociaux. Quand on fait de la prévention c’est ce qu’on leur dit: il y a des éléments qu’ils ne doivent pas donner. Si c’est quelqu’un qu’ils connaissent, ils n’ont pas besoin de leur dire où ils habitent, ils n’ont pas besoin de leur donner leur sexe puisque, forcément, ils le connaissent, et que plus ils font de révélations et plus ça peut être récupéré par quelqu’un de mal intentionné.

L’enfant, il n’a pas le droit de donner quelles informations sur Internet ?

Ce n’est pas qu’il n’a pas le droit, c’est qu’il se met en danger, à partir du moment où il donne son âge, son sexe et tout ce qui peut l’identifier : son nom, son adresse, son établissement scolaire.

Tout ce qui peut donner des éléments sur : où il vit, qui il est, et comment on peut le repérer. Cela le met en danger, mais aussi les photos qu’il peut mettre lui-même de façon volontaire sur les réseaux sociaux, ou des photos de ses propres camarades, qui sont parfois des photos en maillots de bain, qui peuvent attirer le regard de quelqu’un de mal attentionné.

On a le droit ou pas de diffuser les photos de quelqu’un sur Internet, sans avoir son autorisation ?

Alors non seulement on n’a pas le droit de diffuser les photos des autres, mais quand on est mineur, on n’a pas le droit de diffuser ses propres photos, sans le consentement des parents. Et ça ils ne le savent pas toujours, en tout cas ils ne veulent pas le savoir. Et quand on est parent, il n’est pas prudent non plus de mettre les photos de ses enfants, ou de mettre trop de photos sur les réseaux sociaux ou sur le Net, de ses propres enfants. Je crois qu’il y a 80% de photos d’enfants ou d’adolescents qui sont récupérées et utilisées.

Par des gens mal intentionnés ?

Par des gens mal intentionnés, ou qui sont réutilisées pour d’autres intentions en tout cas que celles du début. C’est tellement facile de récupérer une photo… Ça peut être un appel aussi pour de l’échange de fichiers pédopornographiques, entre auteurs. On utilise une photo avec un enfant à la plage, ou un peu dénudé, et c’est le début d’un échange entre pédocriminels.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.