Parler de sexualité avec ses enfants

Brigitte Allain Dupré, psychologue clinicienne, psychanalyste jungienne, membre de la Société Française de Psychologie Analytique (SFPA) :

Je pense qu’il ne faut pas donner trop vite des explications trop sexuées à l’enfant, il faut aussi lui laisser le temps de faire ses propres découvertes, de poser ses propres questions. Il a aussi un savoir qu’il va aller vérifier – Papa et Maman font des câlins – et puis il va aussi surprendre des gestes tendres. En même temps, je considère que c’est important qu’on lui laisse le temps de découvrir tout ça.

Cécile Miele, psychologue et sexologue au Centre Ressources pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles (CRIAVS) Auvergne et au CHU de Clermont-Ferrand :

Accompagner sans précéder. Ça c’est extrêmement important. C’est-à-dire qu’il faut respecter le développement de l’enfant. Quand je dis « ne pas précéder » c’est typiquement par exemple éviter de proposer la pilule à une jeune fille qui n’en a même pas demandé l’usage, qui elle-même n’a sans doute pas vécu de sexualité. Là on va rentrer dans quelque chose d’assez intrusif. Donc à vouloir précéder, on va interférer dans le développement. Donc ça c’est la première chose : accompagner sans précéder.
La deuxième chose, c’est qu’il ne s’agit pas d’avoir un échange technique sur la sexualité. On ne va pas se demander comment on réalise un coït, « comment tu t’y prends maman pour faire une fellation ? » etc. Ça c’est quelque chose qui serait tout à fait inapproprié…

Effectivement.

Voilà… et qui signerait le fait que l’interdit qui doit se poser au moment de l’Œdipe à savoir l’interdit de l’inceste, la différence des générations, le fait que la sexualité doit se parler entre pairs, tout ça volerait complètement en éclat. Donc c’est extrêmement important de ne pas rentrer dans ces choses-là. Et ça c’est important de le dire, parce que certains parents le font. En se disant que ça fait partie de l’éducation. Donc on n’entre pas là-dedans.

On n’impose pas.

On n’impose pas, on n’entre pas dans la technique. La technique c’est l’expérience et c’est entre pairs. C’est ce qui va se parler entre jeunes.

Alors par exemple les parents qui veulent inciter leur enfant à utiliser des préservatifs quand ils entreront dans la sexualité active ?

Alors ça c’est le cadre par contre. C’est la troisième chose. C’est que si on ne rentre pas dans la technique, en tous cas on est garant du cadre. Le cadre, c’est d’une manière générale la relation à l’autre, le respect de soi, d’abord, le respect de l’autre. Ça c’est vrai pour l’ensemble des domaines de la vie, c’est aussi vrai pour la sexualité. Donc déjà quand on a posé ce cadre-là, on l’a aussi posé pour la sexualité. Ce cadre-là il comprend aussi le cadre légal. C’est-à-dire on peut parler des violences sexuelles, et ça on peut le précéder d’ailleurs, c’est-à-dire que de toute façon c’est ce qui encadre tous les comportements de la vie. Mais ça s’accompagne aussi de tous les risques sanitaires, c’est-à-dire que ça aussi on le droit d’en parler : les risques de grossesse, les risques de transmission, des M.S.T (Maladies Sexuellement Transmissibles). Et donc à partir de ce moment-là, on peut parler, au moment de la puberté, de la possibilité de contraception et d’une manière générale de toutes les protections par rapport au risque lié à la sexualité.

Alors par exemple pour parler de ça, pour entamer une conversation sur ce sujet, un parent ne va pas forcément être très à l’aise. Est-ce que ça doit se faire… est-ce qu’on doit profiter d’une occasion pour en parler ou alors qu’on est en train de dîner, d’un coup on dit : « Bon.. »

Effectivement, ça, ça appartient à chacun parce que chacun est très gêné avec ces sujets-là, et c’est bien normal. J’ai envie de dire ça c’est logique parce ça veut dire aussi qu’on a bien ce sentiment et ce ressenti que la sexualité elle ne se joue pas entre les parents et les enfants.

Donc quelque part c’est positif ?

C’est positif qu’il y ait cette gêne. Absolument. Donc chacun se débrouille un peu comme il peut. Alors soit c’est à l’occasion d’un prétexte qu’on va saisir où du coup on va se mettre à parler, peut-être des violences sexuelles, peut-être des préservatifs, etc. Soit c’est à la demande de l’enfant, parce qu’il en a entendu parler à l’école. Il n faut pas ignorer qu’il se passe beaucoup de choses à l’école. Soit quand on ne le sent pas, parce que parfois il arrive que l’on ne se sente pas de le faire soi-même, et bien on prend rendez-vous avec le généraliste par exemple.

Le médecin généraliste ?

Le médecin généraliste. Ou alors tout simplement, on fait confiance dans l’école, parce qu’il y a des dispositifs systématiques à l’école, d’éducation à la vie affective et sexuelle, et où on va aborder ces questions-là dès le collège, lycée. Donc ça veut dire que de toute façon ils vont être sensibilisés et tout ce qui va être apporté à la maison, après, on pourra s’en saisir.

Il y a aussi des livres ?

Il y a des livres bien sûr, qui peuvent être mis à disposition.

Il faut qu’ils soient adaptés à l’âge ?

Toujours. On ne précède jamais le développement de l’enfant. Toujours on est adapté à son âge.

Brigitte Allain Dupré, psychologue clinicienne, psychanalyste jungienne, membre de la Société Française de Psychologie Analytique (SFPA) :

Ce que je trouve toujours intéressant quand on en parle avec les enfants – non pas quand on en parle aux enfants, mais quand on en parle avec les enfants – c’est de leur demander d’abord : « qu’est-ce que tu sais, toi ? Raconte-moi comment tu vois les choses ? On va en parler, je vais t’expliquer peut-être, tes questions » mais partir de là où il est, pour ne pas forcer quelque chose, pour ne pas aller trop vite, pour ne pas inquiéter non plus.

Oui, il s’agit de ne pas devancer les questions de l’enfant quand on leur parle de sexualité ?

Oui. Je me souviens d’un documentaire que j’avais vu avec un de mes petits-fils où il y avait des animaux, des gros rhinocéros qui avaient de gros coïts, avec des grosses bêtes. Et après il jouait avec les animaux, les petits animaux en plastique et il les mettaient tous les uns sur les autres, et puis de temps en temps il disait « bon, allez, ça suffit, maintenant on a fini de faire l’amour, maintenant on va manger » et j’avais trouvé ça épatant parce qu’il avait intégré quelque chose alors, que ces images étaient d’une violence… Mais il avait rajouter le mot « faire l’amour » donc il m’informait que tout ça marchait bien dans sa tête, puis il disait « bon allez, maintenant ça suffit, on va faire à dîner, quoi ».

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.