Mon enfant a agressé sexuellement un autre enfant

Roland Coutanceau, psychiatre, psychanalyste, psychocriminologue, expert national, président de la Ligue Française pour la Santé Mentale :

Pour les parents, il faut leur dire la chose suivante. Deux types d’attitudes qu’il faut essayer d’éviter : banaliser à mort – « tous les enfants font ça, on le sait très bien… » – et puis flipper, être inquiet et penser que son enfant va être un futur pédophile qu’on va rejeter. C’est ça qui est toujours difficile, il faut faire au cas par cas. Aller voir un médecin en qui on a confiance, essayer – comme le ferait une équipe médicale – d’avoir un discours, si on peut, de vérité avec son enfant. C’est-à-dire qu’au fond il y a dans les adolescents qui dérivent, des immatures dont ça va être le seul petit passage à l’acte et qui vont devenir des adultes totalement bien structurés, des sujets dont la sexualité est un peu chaotique et qu’il est important d’accompagner pour les aider à aller vers l’autre, à entrer en relation, à humaniser leur sexualité, à apprivoiser leur fantasme. Et puis aussi, il va y avoir des sujets dont le premier passage à l’acte, à l’adolescence, traduit un comportement qui va faire d’eux, en raison de leur égocentrisme, quelqu’un qui aura tendance, quand il en a envie, de s’autoriser, ou de dériver, ou de se lâcher pour agresser un autre. Donc le plus souvent, je suis rassurant avec les parents, parce que j’évalue le jeune et le jeune ne m’inquiète pas, mais je pense que l’intelligence, c’est de se dire : regardons ce passage à l’acte sans angoisse – même si ça nous inquiète un peu en tant que parents -, essayons de faire accompagner notre enfant, regardons si sa sexualité se sociabilise avec des êtres humains de leur âge, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels. Le plus souvent on peut être rassurant mais je pense que l’intelligence, c’est de dire : il faut être intelligemment accompagnant du jeune.

Cécile Miele, psychologue et sexologue au Centre Ressources pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles (CRIAVS) Auvergne et au CHU de Clermont-Ferrand :

Parfois quand on est parent, surtout si ça se passe au sein de la famille, on est démuni, on n’a pas forcément les mots, on ne sait pas forcément comment s’y prendre et puis on est juge et partie. C’est-à-dire qu’on a participé à l’éducation des deux, on se retrouve face à ce résultat-là, enfin que l’on interprète comme le résultat de notre éducation… ça peut être choquant aussi pour les parents. Il faut savoir déléguer, et il y a des adultes autour, des thérapeutes qui sauront prendre en charge ces choses-là de façon appropriée.

Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, présidente de l’Association Stop aux Violences Sexuelles :

Il est important que les parents prennent leur responsabilité d’aller regarder ce qui se passe, parce que souvent ça a un impact dans la famille et ça peut avoir des résonance chez eux. Donc il faut avoir le courage d’aller regarder, et c’est d’autant plus facile qu’on est encadré par des professionnels qui connaissent le sujet.

Mathieu Lacambre, psychiatre hospitalier référent, président de la Fédération Française des Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles (FFCRIAVS) :

Ce que l’on propose, le plus souvent, ce sont des thérapies familiales et systémiques, pour que chacun retrouve une place au sein de la famille, que le parent redevienne parent, l’enfant aussi, et que chacun se réapproprie du coup sa propre sexualité. Et là, ça fonctionne assez bien.

Ils peuvent s’adresser où ces parents ?

Dans les Centre Ressource pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles, auprès des CRIAVS.

Patrick Blachère, expert psychiatre, sexologue, vice-président de l’Association Interdisciplinaire post Universitaire de Sexolologie (AIUS) :

Il y a des référentiels cliniques qui permettent de mettre plus l’accent sur des enfants “agresseurs sexuels”, qui auront peut-être plus un profil évolutif inquiétant que d’autres. C’est une affaire de spécialistes. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il ne faut pas banaliser ni dramatiser ces comportements sexuels entre enfants. Mais par exemple une différence d’âge très importante entre « l’auteur » et la victime, doit poser problème. Par exemple un enfant de 12 ans qui commettrait des caresses sexuelles sur un enfant de 18 mois à 2 ans, pose plus problème que si c’est entre deux enfants de 12 ans ou qui ont entre 12 ans et 10 ans. Donc il faut savoir garder le bon sens, mais je pense qu’il y a aussi des référentiels cliniques qui sont très éclairants là-dessus. Ne pas banaliser, ne pas dramatiser, ne pas hésiter à consulter.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.