Du fantasme au rapport sexuel

Patrick Blachère, expert psychiatre, sexologue, vice-président de l’Association Interdisciplinaire post Universitaire de Sexolologie (AIUS) :

Il faut distinguer ce que l’on appelle le fantasme conscient, que les psychanalystes préfèrent appeler fantaisie. Ce sont des images, que l’on peut voir ou que l’on peut produire mentalement, qui vont être génératrice d’une excitation sexuelle et psychique. Ces fantaisies sexuelles, on en a tous, elles sont plus ou moins riches, plus ou moins « perverses ». C’est-à-dire que certaines de nos fantaisies pourraient, si on les vivait, être source d’ennuis judiciaires. Je prends par exemple une fantaisie qui est très classique chez les femmes, qui serait par exemple de faire l’amour, d’avoir une relation sexuelle dans un lieu public, sur une place de village. C’est en fait une source potentielle d’inquiétude judiciaire s’il y a passage à l’acte. Nous avons tous des fantaisies, mais on n’est pas obligé de les vivre sexuellement.

Le fantasme, c’est quelque chose de plus inconscient, de plus enfui, et qui pourrait être, à la base, quelque chose qui remonte à notre enfance. Je prends un exemple tout bête : dans une relation sexuelle d’un couple ordinaire, on peut par exemple prendre du plaisir à faire attendre l’autre, à le faire languir. C’est une façon très symbolique de vivre quelque chose de l’ordre du sadisme. Donc, on peut, de façon très symbolique, dans une relation sexuelle, faire vivre des choses qui sot très enfouies en nous. Mais on le fait avec quelqu’un qui est complice, sous forme de jeu. La relation sexuelle partage avec le jeu cette même capacité de faire un peu vivre l’enfant qui est en nous, la bête qui est en nous. Par exemple, le jeu de tennis. Je ne sais pas si vous êtes fort en tennis, mais imaginez que nous soyons du même niveau. Lorsque l’on va jouer au tennis, vous allez me servir de partenaire. Je vais vous servir de partenaire. Donc on va être objets et sujets l’un de l’autre, et je vais me servir de vous pour déchaîner toutes les pulsions violentes que j’aurais accumulées pendant toute la semaine, et vous, pareil. Mais on va utiliser un code très précis, et si malencontreusement, vous me lancez une balle dans l’oeil, vous n’allez pas m’achever à coups de raquette, mais vous allez immédiatement, me percevant comme sujet, venir à mon secours. Dans la relation sexuelle, c’est un peu pareil : on va utiliser l’autre comme un objet, on va se prêter à l’autre comme objet, mais toute la subtilité est de vivre les choses de façon symbolique. Donc, la grande difficulté des fantaisies sexuelles, c’est de pouvoir les vivre que de façon symbolique, et cela n’est pas donné à tout le monde.

Dans un cadre…

Dans un cadre. Parce que le jeu de tennis, c’est quand même quelque chose qui est très cadré. Dans la relation sexuelle, finalement c’est le couple qui crée la règle du jeu. Donc là, c’est quelque chose qui est très problématique, et vivre ses fantaisies sexuelles, c’est quelque chose qui mérite certaines précautions.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.