Abus sexuels : peut-on oublier ?

Brigitte Allain Dupré, psychologue clinicienne, psychanalyste jungienne, membre de la Société Française de Psychologie Analytique (SFPA) :

Je prends la métaphore -c’est pas très élégant comme métaphore mais c’est un peu ça- c’est un poison, et ce poison se répand à l’intérieur de vous. Evidemment, la première réaction des abusés, c’est de chercher l’oubli. L’amnésie a une fonction protectrice, sauf que le jour où quelque chose, un détail, ou un moment de la vie, vient réactiver ce qui a été refoulé, alors à ce moment-là, on se rend compte qu’il y a une dimension traumatique qui n’est pas du tout effacée par l’amnésie.

Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, présidente de l’Association Stop aux Violences Sexuelles :

Le corps a la mémoire de tout. Le corps enregistre toujours tout, et c’est d’ailleurs à partir de lui qu’on pourra souvent remonter ces mémoires, mais, dans la conscience, les choses ne sont plus là. On pourrait penser -on peut penser- que ce sont quelque part des mécanismes de protection parce que ces mécanismes d’amnésies traumatiques touchent en particulier les enfants, et on a montré dans une étude épidémiologique récente, que plus les faits de violences sexuelles apparaissent chez des enfants en bas âge, plus il y a des mécanismes d’amnésies traumatiques. Ces mécanismes, on peut considérer quelque part que ce sont des barrières de sécurité qui permettent à la personne de continuer à vivre.

Mathieu Lacambre, psychiatre hospitalier référent, président de la Fédération Française des Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles (FFCRIAVS) :

Certains agresseurs, et même certains parents de victimes, se disent que l’enfant va oublier.

Les agresseurs se disent ça pour justifier de leur comportement et de leur conduite, pour se déculpabiliser, donc ce sont des distorsions cognitives. Certains parents se disent ça pour se rassurer, pour pouvoir limiter la culpabilité de ne pas avoir pu protéger de manière efficace leur enfant. La réalité est tout autre, mais ça renvoie aux capacités de résilience, de pouvoir amortir ce trauma du côté de l’enfant.
Donc chaque enfant, chaque être humain a des capacités plus ou moins importantes d’intégrer une séquence traumatique et de pouvoir vivre avec de manière plus ou moins adaptée. Mais ça c’est lié vraiment à des capacités individuelles.

Mais ce n’est pas un oubli ? Ce n’est pas effacé ?

Rien ne s’efface, tout se transforme. Donc après, c’est de pouvoir le transformer de manière adaptée pour trouver une vie équilibrée et harmonieuse.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.