Abus sexuels des enfants : faut-il toujours signaler ?

Quand on hésite, quand on n’est pas complètement sûr, quand on a un doute ?

Violaine Chabardes, adjudante-Chef, commandant la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) de Lyon, Gendarmerie nationale :

Contrairement à toutes les autres infractions, quand il s’agit d’une atteinte aux personnes, les gens ont des doutes, et parfois, se sentent investis d’une mission d’enquête, avant de signaler. Et c’est terrible, parce que ce n’est pas à eux de vérifier les dires de l’enfant, ils ont simplement l’obligation de prendre en compte cette parole et de la signaler. C’est ensuite les services d’enquêtes qui vont, comme leur nom l’indique, diriger l’enquête, pour savoir si les faits sont avérés ou pas. Mais si on attend d’avoir des preuves, on perd du temps, on ne protège pas l’enfant, et malheureusement on peut s’attendre à ce qu’il y ait d’autres victimes.

Donc dans le doute, on fait un signalement ?

Moi je dis toujours : signaler un enfant, c’est déjà le protéger. Donc il vaut mieux signaler à tort – et encore, quand on se pose la question, c’est que la question est légitime – que de ne pas signaler et de laisser un enfant sans protection, au risque qu’il s’enferme dans son silence et qu’il ne parle plus jamais. Quand on a un doute, ne pas rester tout seul, partager. Quand on est un professionnel, je pense qu’on peut éventuellement en parler avec des collègues ou d’autres institutions et souvent cela conforte dans l’idée qu’on se fait d’une situation. Il y a eu quelques dossiers, que l’on a traités, avec des professionnels qui se sont posé des questions. On a fait l’enquête, au final on s’est rendu compte que les faits n’étaient pas avérés. Ce n’est pas grave ! On est suffisamment formés pour faire le moins de dégâts possible, d’auditionner cet enfant et de recueillir sa parole. S’il ne s’est rien passé, il ne s’est rien passé, personne n’en tiendra rigueur, au contraire. Et peut-être, si on a des doutes, c’est aussi le protéger pour quelque temps, cet enfant, de lui dire, « Tu vois, si jamais il t’arrive quelque chose, les adultes sont là, ils sont cohérents et ils peuvent écouter, entendre ce qu’il se passe ».

Faire un signalement, ce n’est pas forcément quelqu’un qui va se retrouver en prison, ce n’est pas forcément une famille détruite ?

Bien sûr que non.

C’est juste une enquête ?

C’est une enquête. Moi je dis toujours aux enfants, c’est aussi rendre service à l’auteur des faits, qui a parfois besoin d’une prise en charge, qui a besoin qu’on lui mette des limites, qui est aussi en souffrance. Le laisser tout seul, agir en toute impunité, ce n’est pas lui rendre service. Et puis ce sont des professionnels qui vont mener l’enquête, et par la suite prendre en charge et la victime, et l’auteur. Vraiment, on travaille dans le plus d’efficacité possible.

Il y a des enfants qui ont réussi à parler parce qu’il y a eu des signalements de gens qui se doutaient, qui sentaient qu’il y avait quelque chose ?

Bien sûr.

Le fait de faire un signalement, ça peut permettre à une victime de parler, enfin.

Ça libère la parole, c’est évident. L’enfant, il est pris dans ce tourbillon de culpabilité, de honte, de peur aussi, et il attend parfois que l’adulte, ou l’enfant qui se trouve à proximité, puisse signaler ou puisse l’aider. Donc il faut vraiment, vraiment, être attentif aux paroles et aux comportements des enfants, pour le signaler, et dire vraiment ce qu’on voit ou ce qu’on entend.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.