Abus sexuels des enfants : comment signaler ?

Violaine Chabardes, adjudante-Chef, commandant la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) de Lyon, Gendarmerie nationale :

Rares sont les enfants qui signalent directement, parce que c’est compliqué pour un enfant — qui est parfois, même souvent dans la culpabilité — de se dire : « c’est à moi de faire la démarche, d’expliquer ce que j’ai subi ». On est souvent sollicité par un enfant qui va se confier à un adulte, quel que soit l’adulte. Ça peut être dans un établissement scolaire, ça peut être une infirmière, un référent, un parent… C’est l’adulte qui va alerter les autorités.

L’adulte a obligation d’alerter les autorités s’il est au courant qu’il se passe quelque chose ?

Je suis très stricte avec ça : oui, évidemment, l’adulte a l’obligation de le signaler. Non seulement pour la victime, mais aussi pour cet auteur ou ce mis en cause, pour protéger les éventuelles autres victimes.

C’est une obligation légale ?

C’est une obligation légale.

C’est inscrit dans la loi ?

Tout à fait.

Si on ne le fait pas, on risque d’être poursuivi ?

Tout à fait, c’est une obligation légale si cet enfant a subi des agressions sexuelles ou des viols.

L’enfant, s’il veut signaler, il peut le faire comment ?

J’ai vu dans ma carrière un enfant qui s’est rendu directement à la Gendarmerie pour le signaler, alors c’est un cas exceptionnel… En principe, un enfant, soit il va en parler à quelqu’un de proche qui va, lui, signaler. C’est le cas le plus classique. Il a aussi la possibilité d’appeler le 119, « Allo Enfant maltraité », qui est un centre agréé en France, qui va répercuter les appels sur les services de Gendarmerie ou de police.

Ils travaillent avec vous ?

Oui, ils travaillent avec nous. Ils nous sollicitent pour prendre en charge cet enfant, ou au moins ouvrir une enquête préliminaire sur ces types d’agression.

Quand on est un adulte, on peut s’adresser à qui ? Un enfant vient nous parler, on s’adresse à qui ?

Le mieux, évidemment si on est à l’aise avec ça, c’est d’aller ouvrir la porte de la Gendarmerie ou du Commissariat de Police qui est à proximité. Je pense que c’est le plus simple, et en tout cas le plus rapide et le plus efficace. Maintenant, je comprends qu’il est difficile pour un adulte, de faire cette démarche. Donc, il peut appeler le 119 pour faire ce signalement, c’est « Allo Enfant maltraité », c’est un numéro qui peut être anonyme, et en tout cas gratuit, et qui va forcément donner des suites à cet appel. C’est vraiment une démarche qui est simple, efficace, gratuite.

C’est mieux de ne pas le faire anonymement ?

Je pense que c’est mieux de donner son nom, son identité, maintenant je sais combien il est difficile de faire cette démarche. En tout cas il faut le signaler. Si on n’a pas la conviction, la possibilité ou parfois le courage de signaler, il vaut mieux le faire anonymement que de ne pas le faire du tout, ça c’est évident.

On peut aussi écrire au Procureur ou au substitut du Procureur ?

Voilà, vous avez aussi la possibilité d’écrire au Procureur de la République, qui lui, va saisir les services d’enquête compétents.

Donc, on peut s’adresser à la Gendarmerie, à la Police, on peut appeler le 119 ou on peut écrire à la Justice, au Procureur ou au Substitut du Procureur. On a différents interlocuteurs.

On a différents interlocuteurs, en tout cas tout est mis en place pour que le signalement soit fait de façon efficace et rapide. Plus on va vite, dans la démarche, et au mieux on protége cet enfant.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.