Abus sexuels des enfants : comment repérer ?

Gabrielle Arena, psychiatre à l’Établissement Public de Santé mentale (EPS) de Ville-Evrard, responsable du Centre Ressources pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violences Sexuelles (CRIAVS) Île-de-France Nord-Est :

On va avoir un enfant qui va cauchemarder, qui va mal dormir, qui va avoir des peurs inexpliquées, qui va tout d’un coup avoir un fléchissement en classe, qui va avoir des troubles urinaires qu’on ne comprend pas, des maux de ventre qu’on ne comprend pas, des « mal à la tête », il ne voudra pas aller chez le grand-père, il va éviter des situations qui sont anxiogènes pour lui, ou qui ne voudra pas retourner en classe, etc. C’est important de retenir qu’il n’y a pas un signe. Il y a des signes, et des signes qui peuvent être très banaux. À l’adolescence, on peut y penser des adolescents qui ont des conduites à risque, qui ont des difficultés avec leur corps, soit du type boulimie, soit du type anorexie, les fugues, les tentatives de suicide, les scarifications, toutes sortes de choses, et y compris des attitudes de début de prostitution.

Roland Coutanceau, psychiatre, psychanalyste, psychocriminologue, expert national, président de la Ligue Française pour la Santé Mentale :

Toute modification comportementale, relationnelle, psychologique, intellectuelle, doit faire en sorte qu’un adulte -parent ou professionnel- doit se poser des questions. Mais je vais être très honnête, est-ce qu’il y a des signes spécifiques d’agression sexuelle ? Non. Il y a des signes du mal-être chez l’enfant. Si je suis un adulte intelligent, je vais me dire « là, il faut que je trouve pourquoi ». La vraie preuve d’une agression sexuelle subie, c’est que l’enfant le dise à quelqu’un, c’est-à-dire c’est la parole, la parole de l’enfant. Et j’en ai entendu des histoires, où finalement des mères, ou des pères, voyant que leur enfant allait mal et que c’était lié à telle personne avec laquelle avant il avait une relation tout à fait naturelle, ont eu l’idée que ça pouvait être quelque chose, et donc du fait qu’ils avaient compris, l’enfant leur a parlé facilement. Il ne faut pas être obsédé par le fait que cette histoire peut arriver, mais il ne faut pas que les adultes non plus s’interdisent que l’enfant -même si ça ne nous fait pas plaisir- puisse un jour être maltraité par un adulte. Donc au fond, si en tant qu’adulte j’ai pas de tabou, quand je vois que mon enfant va mal, je pense à cette hypothèse comme à une autre.

Je vais vous montrer en quelques questions banales, comment je peux explorer cela : « Est-ce que quelqu’un t’embête ? ». C’est une phrase banale, ça peut être un racketteur, ça peut être quelqu’un qui la tape, c’est peut-être son père, c’est peut-être un copain, c’est peut-être un professeur. Alors si je vois qu’elle ne répond pas, je m’attache plus aux signes comportementaux que verbaux. Par exemple, quelqu’un qui ne répond pas non… On continue : « Est-ce quelqu’un t’embête en te touchant ? Est-ce qu’on te touche où tu ne veux pas ? Est-ce qu’on touche sous les habits ? » Voyez, comme quoi dans un decrescendo de questions… je pars de quelque chose de banal, même être touché sous ses habits, ça peut être des chatouilles… En regardant comment réagit l’enfant, chaque fois que je vois qu’il est mal à l’aise, je vais un cran plus loin dans l’explicitation d’une éventuelle agression sexuelle. Mais au début, vous voyez comme mes questions sont banales ? Elles peuvent aussi parler d’autre chose.

Mathieu Lacambre, psychiatre hospitalier référent, président de la Fédération Française des Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles (FFCRIAVS) :

Dès qu’on est sur du doute, pour avoir une évaluation auprès de cliniciens aguerris, le CRIAVS vous orientera vers des personnes qui sont en capacité de réaliser cette évaluation du côté de mineurs ou de majeurs, à la fois du côté potentiellement de la victime et, ou de l’auteur. Donc ça permet vraiment de repérer, dépister, évaluer et orienter.

L’intégralité de chacun de ces entretiens est disponible gratuitement sur notre site internet et sur notre chaîne YouTube.